Formations : "Amateurs, faites-vous plaisir "

Pascal Bergeron, vice-président de la Fédération Française de Cinéma et de Vidéo nous dit quelques mots sur son souhait de mettre en place un cycle de formations portant sur les étapes qui conduisent à la réalisation d’un film. [EXTRAIT]

[...]  Présent aux dernières rencontres de septembre 2014, une nouvelle fois j’ai pu constater la qualité des films présentés. Particularité des productions non professionnelles, plusieurs genres n’existent plus que dans le cinéma non professionnel. Nous trouvons bien évidemment des documentaires, des fictions, des films d’animation mais aucun film minute, aucun film de voyage.

Professionnels Vs amateurs

Je profite de ce texte pour vous donner mon point de vue sur un vif débat qui se tient au sein des clubs : la différence entre amateur et professionnel. Lorsque je vais à un concert, au théâtre, dans une exposition ou au cinéma je suis un spectateur, jamais je me pose la question du parcours de l’auteur ou du créateur. J’écoute une œuvre musicale, j’assiste à un spectacle théâtral, je découvre un artiste, j’admire l’œuvre d’un réalisateur. Le concept d’amateur est trop souvent prétexte à se dédouaner. Peu importe le temps que l’on met à réaliser un film, peu importe le matériel que l’on utilise (plus personne aujourd’hui ne pourrait filmer avec la caméra des frères Lumières et monter sur d’archaïques table de montage). N’existe-t’il pas des festivals de films tournés avec un smartphone ? De mon point de vue, la différence entre les personnes vient de leur statut : professionnel ou non professionnel. Le pro vivant de son art. Le non professionnel ayant pour lui le temps et l’absence d’un producteur qui le tanne ! Le résultat reste le même : le film et le spectateur est en droit d’avoir le même plaisir quelque soit le film visionné.

Pour ma part je n’évoquerai jamais le terme de cinéma amateur qui me semble réducteur, voire méprisant.

Diagnostic et pistes de réflexion

Dans un premier temps je vais vous proposer de nous indiquer vos besoins de formation, la où vous vous sentez le moins à l’aise. Cela va permettre de faire le diagnostique de vos besoins.

Dans un second temps je vais mettre le doigt la où ça fait mal… Nombreux sont les films qui sont trop peu écrits, nombreux sont les films dont le montage manque de rythme, de séquences, d’effets sonores. J’ai constaté que les films sont tous bien voire très bien filmés… mais ils manquent de structure narrative.

De fait, j’ai envie de vous dire :

- Filmer ce que vous entendez … Et d’un seul coup vous enrichirez vos montages en ouvrant vos séquences par un « sonore ».
- Filmer les humains, femmes, hommes, enfants, ils sont encore plus beaux que les paysages extraordinaires que vous traversez.
- Affranchissez- vous de ce que j’appelle le « syndrome Connaissance du Monde ». Oubliez les longs commentaires pour laisser place aux sons directs et posez juste quelques phrases pour faire le lien.
- Laissez tous ces beaux visages croisés vous parler et même si vous ne comprenez pas ce qu’ils disent, leurs paroles sont autant de « musiques originales », d’émotions à l’état brut.
- Fuyez les musiques qui envahissent vos films et privilégiez les sonores réels…

- Faites vous plaisir et considérez que les trois grandes étapes qui constituent un film sont autant de moment où vous réécrivez votre sujet et cela sans le dénaturer !
     Ecrivez une première fois sur le papier,
     écrivez une seconde fois au tournage et
     écrivez une dernière fois au montage.

Ainsi vous construirez vos œuvres loin des bases anciennes qui ont marqué un certain cinéma autodidacte des décennies passées.
Prenons le temps de la réflexion, investissons le plaisir d’écrire, de tourner, de monter. Soyons encore plus exigeant envers nous même et profitons du savoir–faire des uns et des autres.

N’hésitez pas à me faire parvenir vos commentaires, critiques, suggestions, questionnements, dans la mesure de mes moyens j’essaierai de vous porter réponse.
Cinématographiquement Votre.

Pascal Bergeron