NAISSANCE

C'est une évidence, le vidéaste est confronté à  la captation et au travail de l'image, mais tout comme le cinéaste, pas exclusivement. Le son (au sens large du terme : son capté et son ajouté), souvent négligé, a une importance primordiale. Le vidéaste utilise maintenant les images numériques, tout comme la photographie contemporaine. Mais, les images photographiques sont inanimées, silencieuses, intemporalisées. Alors que la photographie vise à arrêter le défilement du temps et à  figer une représentation comme le faisait la peinture figurative, la vidéo et le cinéma « accompagne le mouvement du monde ». C'est parce que le cinéma nous aide à  voir le monde - notre propre vision étant souvent jalonnée par la culture et usée par l'habitude - qu'il a acquis ses lettres de noblesse en devenant le 7ème art. Peut-on parler d'art vidéo, différent de l'art cinématographique ?

Quelle différence y a-t-il entre les deux ? Ont-ils le même impact émotionnel et sensoriel sur le spectateur ?

Cela dépend peut-être du mode de vision : au cinéma, nous sommes dans une salle obscure, concentrés sur le déroulement des images où les personnages sont grands, ce sont des géants qui nous dominent. En règle générale, la vidéo se regarde sur un écran numérique, dans un environnement qui n'est pas toujours obscur, on visionne en famille, avec des amis, on parle durant la projection, on échange, c'est-à -dire que l'on est moins concentré, et cette fois, c'est le spectateur qui est plus grand que les personnages qu'il visionne : il les domine. C'est aussi la technique qui fait la différence par le traitement numérique des images qui offre des possibilités nouvelles. Les créateurs ont eu tout à  fait conscience de ces différences, à  telle enseigne qu'ils ont cherché à  utiliser ce nouveau média comme moyen d'expression original, indépendant du cinéma. Même si l'on ne parle pas encore de 8ème art pour caractériser la vidéo, ces recherches ont données naissance à  l'art vidéo. Les débuts furent difficiles, mais, sous l'impulsion d'artistes comme Nam June Paik ou Bruce Nauman, ce nouveau mode d'expression est né en 1963. A l'époque, il était impossible de dissocier la visualisation d'images vidéo de la télévision, car le support visuel était le même : le tube cathodique.

Quand est-il maintenant ? L'image est vue soit sur un écran plat, soit projetée, comme au cinéma. Les mini caméras et les téléphones portables permettent d'enregistrer une quantité d'images impressionnantes d'excellente qualité attirant d'une manière exponentielle des « créateurs » qui diffusent leurs productions (souvent des rushs « bruts ») via des serveurs spécifiques comme Dalymotion ou Youtube. Mais est-ce de l'art ?

Nous, vidéastes amateurs du CAMAP, devions nous rester à  ne rien faire, nous qui « travaillons » les images et les sons pour tenter de « dire quelque chose » ? Depuis plusieurs mois, nous avions pensé à  un site internet, occasion de montrer nos images à  un plus grand nombre et d'offrir la possibilité d'interagir avec elles. Ambition utopique ? Grâce à  quelques uns d'entre nous, le CAMAP, après 9 mois de gestation a donné naissance à  son site. Si la gestation fut parfois douloureuse, la naissance s'est bien passée. Maintenant, il faut nourrir ce site, le faire grandir, lui apporter tous les soins nécessaires, le guérir s'il est malade, et l'ouvrir au monde. Son enfance et son adolescence prendront du temps et il n'atteindra peut-être jamais sa maturité, c'est-à -dire qu'il restera jeune, tout comme nous, vidéastes souvent enthousiastes et naïfs.

Ce site, tout comme nos vidéos, contribuera peut être, très modestement, à  rendre visible la continuité invisible du monde.

Claude BALNY.